Grands requins en Australie : une population en chute libre

Une équipe de chercheurs a fait le point sur la situation des grands requins dans l’Etat du Queensland en Australie. Leur constat est alarmant : captures à proximité des plages et pêche ont réduit les populations comme peau de chagrin. Pourtant, le rôle de ces grands prédateurs dans l’écosystème côtier est essentiel.

Alors que la disparition des grands prédateurs terrestres et ses conséquences sur la chaîne alimentaire est bien documentée, l’ampleur du déclin des prédateurs marins est moins connue. Les écosystèmes côtiers en particulier ont ainsi perdu la majeure partie de leurs grands prédateurs, du fait de la pêche, de la pollution et des dispositifs mis en place pour protéger les plages fréquentées par des baigneurs. Une équipe de chercheurs de l’Université du Queensland et de l’Université Griffith a fait le point sur la situation des requins dans le Queensland, un Etat du Nord de l’Australie.

La gestion des populations de requins par le Queensland est pointée du doigt par l’équipe de Georges Roff, dans un article publié dans Communications Biology. Cet Etat dispose depuis 1962 d’un programme gouvernemental, le Queensland Shark Control Program (QSCP), investi de la mission de protéger les plages des attaques de requins. Le QSCP concerne 11 régions du Queensland et des écosystèmes tropicaux et subtropicaux sur 1760 km de côtes australiennes. La pression exercée sur l’Etat est importante : à chaque accident mortel causé par un requin, le public, les baigneurs et surfeurs prônent des mesures radicales de capture et d’élimination. Même si les scientifiques et les écologistes alertent sur l’appauvrissement inconsidéré de ces populations animales, ce sont finalement les “anti” qui sont écoutés. Conséquence : les requins sont pourchassés grâce à l’usage de divers dispositifs, notamment des filets à proximité des plages et des palangres (chaînes d’hameçons) de surface avec appâts. D’après les chercheurs, qui se basent sur les statistiques du QSCP, près de 50.000 requins ont été tués en usant de ces dispositifs depuis le début des années 60. 

Cette chasse organisée par les institutions gouvernementales s’ajoute à la pêche qui menace aussi les populations de requins. Ces derniers sont notamment pêchés pour leurs ailerons, prisés en Asie. Les chercheurs rappellent que cette pêche fait l’objet de lois complexes et quelque peu contradictoires dans le Queensland : si elle interdite depuis vingt ans pour les requins blancs, elle est permise pour les requins-tigres. Etrange puisque l’un comme l’autre sont sur la liste rouge de l‘IUCN, en tant qu’espèces menacées. Et même lorsqu’ils ne sont pas directement visés par des campagnes de pêche, les requins peuvent en être victimes, car ils se prennent dans les filets – le requin-marteau notamment, du fait de la forme de sa tête.


Source de l’article: Sciences et Avenir