Des anguilles en danger critique d’extinction dans des supermarchés

Note de Sea And Human : Les anguilles d’Europe sont en danger critique d’extinction et une enquête en aurait découvert dans des supermarchés… à Hong Kong! Il faut sauver les anguilles d’Europe!

© Crédit Photo : Reinhard Dirscherl/Ullstein bild via Getty Images

Au cours d’une enquête, des chercheurs ont constaté sur les étals de magasins de Hong Kong la présence d’anguilles européennes, une espèce en danger d’extinction normalement protégée. Leur étude remet en question l’efficacité des mesures contre le trafic de faune sauvage.

Plus de 30.000, c’est le nombre d’espèces animales et végétales qui sont aujourd’hui considérées comme menacées par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Parmi elles, plus de 6.000 d’entre elles sont qualifiées “en danger critique d’extinction” tandis que près de 900 sont d’ors et déjà considérées comme éteintes à l’état sauvage.

Si les menaces auxquelles sont exposées les espèces s’avèrent multiples, le braconnage et le trafic de faune sauvage qu’il alimente figurent parmi les plus importantes. Et les mesures mises en place pour lutter contre le phénomène demeurent largement insuffisantes. C’est ce que confirme une nouvelle étude publiée dans la revue Science Advances.

Ces travaux se sont intéressés à une espèce particulière, l’anguille d’Europe ou Anguilla anguilla. Autrefois commun dans les cours d’eau européens, ce poisson a connu un important déclin de ses populations au cours des trente dernières années. A tel point qu’il est désormais classé en danger critique d’extinction par l’UICN et que son commerce international est étroitement régulé. Du moins en théorie.

En 2017 et 2018, des scientifiques ont mené une vaste enquête dans 49 magasins de Hong Kong comprenant 13 marques différentes de produits à base d’anguille. En analysant l’ADN présent, ils ont constaté que 9 d’entre elles recelaient de l’anguille européenne et que 45% des produits étaient identifiés avec certitude comme étant de l’A. anguilla.

© Crédit Photo : University of Hong Kong

L’espèce étant inscrite à l’annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), un permis est normalement nécessaire pour la commercialiser. Pourtant, sur la même période considérée dans cette étude, aucun import de ce poisson n’a été déclaré à Hong Kong.

Pours les auteurs de l’enquête de l’université de Hong Kong, cette découverte suggère que les réseaux de grand ampleur de trafic de l’anguille européenne sont désormais étroitement liés aux filières de vente, permettant aux poissons menacés d’atterrir sur les étals à l’insu des autorités mais aussi des consommateurs.

Si l’attention s’est généralement concentrée sur le commerce et le trafic de faune sauvage entre l’Afrique et l’Asie, c’est un problème qui affecte toutes les régions du monde. Le terrible sort de l’anguille d’Europe, dont le commerce illégal menace l’avenir, en est un très bon exemple.

a expliqué à BBC News, le Dr Mark Jones de l’ONG Born Free Foundation, non impliqué dans l’étude

Comme d’autres espèces à travers le monde, le poisson souffre en effet de sa grande popularité en Asie de l’est et en particulier au Japon. La région abrite sa propre espèce, l’anguille japonaise (Anguilla japonica), mais la surexploitation combinée à d’autres menaces a provoqué un déclin dramatique des populations, conduisant à se tourner aussi vers les espèces cousines dont A. anguilla.

Pour satisfaire la demande, les poissons sont ainsi capturés au stade juvénile dans leur habitat naturel en Europe et en Afrique du Nord, avant d’être envoyés en Asie où ils sont élevés jusqu’à maturité.

L’export illégal d’anguilles depuis l’Europe vers l’Asie a été reconnu comme l’un des plus importants crimes liés à la faune sauvage dans le monde.

a précisé Florian Stein du Sustainable Eel Group

Europol a estimé l’ampleur [de ce trafic] à plus de 300 millions d’anguilles chaque année, [d’après des données de 2018, a poursuivi le spécialiste dans un communiqué de l’université hongkongaise. ] Les nombres observés à Hong Kong sont très alarmants et reflètent les immenses quantités d’anguilles européennes qui sont exploitées en Asie.

© Crédit Photo : Patrick Pleul/picture alliance via Getty Images

Si le trafic a pris une telle ampleur, c’est qu’il est devenu particulièrement lucratif. Un kilogramme d’anguilles pourrait contenir jusqu’à 3.500 individus et se vendre jusqu’à 50.000 dollars de Hong Kong, soit plus de 5.500 euros. Un potentiel financier qui n’a pas manqué d’attirer l’attention des réseaux criminels internationaux.

Le problème est qu’au stade juvénile, les espèces d’anguilles sont très difficiles à identifier. Or, les deux cousines les plus communes de l’Européenne, la Japonaise et l’Américaine, ne figurent pas sur la convention de la CITES et ne nécessitent aucun permis pour être commercialisées. A. anguilla peut ainsi être facilement écoulée aux côtés des autres espèces.

Cette découverte soulève des préoccupations urgentes sur l’application des régulations internationales de la CITES. [Elle appuie aussi la nécessité d’une plus grande transparence sur l’étiquetage des produits] pour que les consommateurs puissent prendre des décisions éclairées sur la sécurité alimentaire et la conservation de la faune sauvage.

a souligné le Dr David Baker, principal auteur de l’étude

Dans le cas de Hong Kong, même des consommateurs soucieux de l’environnement sont trompés et se retrouvent à consommer une espèce menacée.

a déploré le Dr David Baker

En Europe, ce trafic est loin d’être inconnu. Il y a quelques jours, au Royaume-Uni, un commerçant en fruits de mer a été condamné à deux ans de prison avec sursis pour avoir illégalement exporté des anguilles menacées.

L’homme avait été arrêté en 2017 en possession de 200 kilos de civelles – les alevins d’anguilles – dissimulées sous du poisson réfrigéré à destination de Hong Kong. Leur valeur était estimée à environ 5,7 millions de livres, soit 6,5 millions d’euros. D’après l’AFP, la justice a établi qu’il aurait passé environ 5,3 millions de civelles – soit 1,78 tonne – de l’Espagne vers l’Asie via le Royaume-Uni, entre 2015 et 2017.

Cette nouvelle étude constitue un signal d’alarme supplémentaire contre le trafic de faune sauvage déjà pointé du doigt avec l’épidémie de coronavirus Covid-19 qui compte, selon le dernier bilan, plus de 100.000 personnes infectées et 3.700 morts dans le monde. Face à la situation, la Chine a annoncé une interdiction totale du commerce et de la consommation de faune sauvage jusqu’à ce que l’épidémie ne prenne fin.

Une décision saluée par les défenseurs de la cause animale qui espère qu’elle engendrera des mesures plus fortes sur la régulation de ce marché en Asie.


Source de l’article : GEO