La loi contre la captivité des cétacés est officiellement passée au Canada

La captivité des animaux passent de plus en plus mal auprès du grand public, et les gouvernements agissent parfois en conséquence. Ainsi, les parlementaires canadiens ont validé le 10 juin 2019 un projet de loi interdisant la captivité et l’élevage de cétacés comme les marsouins ou les dauphins. Cette décision a été saluée par les militants des droits des animaux.

© Crédit Photo : VALERY HACHE / AFP

Ce projet de loi déposé en 2015, qui nécessite encore l’approbation royale symbolique, apporte des modifications au code pénal pour interdire au Canada entre autres la possession en captivité et la reproduction forcée de ces mammifères marins. Cette loi ne sera pas rétroactive, les cétacés actuellement en captivité le resteront donc, et certaines exceptions s’appliqueront notamment dans le cas d’animaux nécessitant une réhabilitation à la suite d’une blessure ou dans le cas d’une autorisation fournie par les autorités. Le parc Marineland à Niagara Falls et l’aquarium de Vancouver sont les deux seuls établissements canadiens possédant des cétacés en captivité.

C’est une loi très importante dans le sens où elle interdit la reproduction et assure donc que les cétacés actuellement gardés dans de minuscules réservoirs au Canada soient la dernière génération à en souffrir.

Melissa Matlow, directrice de campagne de l’ONG World Animal Protection Canada

L’adoption du projet de loi S-203 modifiera le Code criminel (entre autres lois) avec des amendes pouvant aller jusqu’à 200.000 dollars pour infraction à la loi. Il s’agit là d’une déclaration significative reflétant l’immense souffrance des cétacés lorsqu’ils sont gardés en captivité à des fins de divertissement. À mesure que la compréhension scientifique des mammifères marins se développe, l’opposition du public à les garder dans de petits réservoirs stériles grandit.

Le Canada a ainsi rejoint la dizaine de pays ayant “adopté une position progressiste contre la captivité et l’élevage” des cétacés, dont le Costa Rica et le Chili, selon une porte-parole de l’ONG. “Nous espérons que d’autres pays suivront maintenant l’exemple du Canada et que les agences de voyages se rendront compte de la baisse d’acceptation sociale de ce type d’attractions“, poursuit l’ONG.

En France, le Conseil d’État avait annulé le 29 janvier 2018 un arrêté ministériel interdisant la reproduction des dauphins en captivité, comme le demandaient trois parcs marins dont le Marineland à Antibes. La plus haute juridiction administrative jugeait que l’arrêté du 3 mai 2017 signé par l’ex-ministre de l’Environnement Ségolène Royal “a été pris au terme d’une procédure irrégulière“. Le texte prévoyait initialement un “contrôle étroit de la reproduction des dauphins” en fonction de “la configuration et la taille des bassins“. Il avait été durci au dernier moment et stipulait : “la reproduction des orques et des dauphins actuellement détenus en France est désormais interdite“, une disposition qui voulait marquer l’arrêt de la captivité de ces cétacés, avec l’objectif de “supprimer la souffrance animale“.

En mai 2019, John Hargrove, ancien soigneur à SeaWorld en Californie et au Marineland d’Antibes dénonçait les conditions d’élevage des orques.

Là elles sont réduites à vivre dans des familles artificielles, dans une boîte en béton traitée avec des produits chimiques.

Il assure qu’aucune orque en captivité n’est jamais morte de vieillesse et que le dressage n’est finalement que permis par la privation de nourriture.

Ce qu’on fait (pour les forcer à exécuter l’exercice, NDLR) c’est qu’on ramasse nos sceaux et on part avec la nourriture. Au fur et à mesure que la faim augmente, elles sont plus susceptibles de faire ce qu’elles ne voulaient pas faire en premier lieu.

En 2017, Jon Kershaw, le directeur de Marineland interrogé par Sciences et Avenir sur les critiques concernant les spectacles auxquels participent ces cétacés, tempérait :

Je comprends les critiques : ces animaux ne sont pas dans un environnement naturel. Mais ils sont nés en captivité, leur comportement n’est pas le même que celui des animaux nés dans la nature. Pour eux, ces représentations sont naturelles et essentielles, c’est leur gymnastique cérébrale quotidienne. Ils adorent apprendre et réussir.

AST avec AFP


Source de l’article: Sciences & Avenir