Le mystère des niveaux de mercure chez les animaux de l’Arctique résolu

Le mystère des niveaux de mercure chez les animaux de l’Arctique, résolu! Dans l’Arctique canadien, les scientifiques et les communautés locales sont troublés depuis des décennies: pourquoi les animaux marins de l’Arctique occidental ont-ils des niveaux de mercure plus élevés que ceux de l’est? Cette tendance s’observe sur l’ensemble du réseau alimentaire, du minuscule zooplancton qui dérive le long des courants océaniques aux grands mammifères comme les ours polaires. C’est important parce que le mercure est un contaminant mondial et que les communautés du Nord dépendent de l’océan pour se nourrir. Le mercure peut causer des problèmes de reproduction chez certains animaux, ainsi que des dommages neurologiques graves et entraver le développement des nourrissons.

Des études antérieures avaient tenté d’expliquer la différence Est-Ouest en regardant d’où venait le mercure qui se retrouve dans l’océan. Mais notre nouvelle étude montre que la réponse à ce mystère réside dans l’océan lui-même.

Dans l’Arctique, les mammifères marins tels que les ours polaires, les bélugas et les phoques constituent une part importante de la chasse traditionnelle de subsistance et de la culture des peuples autochtones du Nord. Les communautés arctiques étant les plus touchées par les effets du changement climatique et de l’industrialisation mondiale, les concentrations élevées de contaminants, en particulier de mercure, présentes dans ces animaux – et chez l’homme – ont fait l’objet de beaucoup d’attention.

Les mères et les femmes en âge de procréer dans le Nord ont souvent des concentrations de mercure dans le sang dépassant la limite de sécurité . Maintenir les avantages nutritionnels et culturels des aliments d’origine marine, tels que le phoque et la baleine, tout en atténuant les risques potentiels pour la santé liés au mercure est devenu un défi majeur pour les peuples autochtones de l’Arctique.

Des recherches antérieures suggéraient que les animaux marins de l’ouest de l’Arctique canadien contenaient plus de mercure, car la région en recevait davantage de diverses sources, notamment les émissions atmosphériques de l’Asie orientale , le débit des rivières d’importants bassins hydrographiques tels que le Mackenzie, l’érosion côtière et le dégel du pergélisol. Cependant, le mercure provenant de toutes ces sources existe presque exclusivement sous sa forme inorganique, comme la vapeur de mercure et le mercure lié aux particules de poussière, par exemple.

Mais une fois dans l’océan, une partie du mercure inorganique peut être convertie en une forme organique, appelée méthylmercure. Non seulement le plancton et d’autres micro-organismes absorbent plus efficacement le méthylmercure, mais il peut s’accumuler ou se bio-accumuler dans les organismes au fur et à mesure de sa progression dans la chaîne alimentaire au cours d’un processus appelé bioamplification. Dans ce cas, il a tendance à causer plus de dégâts aux poissons prédateurs, aux oiseaux et aux mammifères.

Depuis plus de dix ans, les scientifiques soupçonnent que le facteur le plus important pour contrôler les niveaux de mercure chez les animaux marins de l’Arctique n’est pas l’origine du mercure (sources), mais plutôt la conversion du mercure inorganique en méthylmercure dans l’océan (processus). Maintenant nous avons la réponse.

Au cours de l’été 2015, nous avons participé à une expédition dans l’Arctique canadien dirigée par ArcticNet , un réseau de recherche canadien consacré à l’étude de l’évolution de l’Arctique, en collaboration avec le programme canadien GEOTRACES , afin d’étudier les schémas de répartition du mercure. oligo-éléments.

Nous avons passé huit semaines à bord d’un brise-glace, le NGCC Amundsen , où nous avons analysé des échantillons d’eau de mer recueillis à diverses profondeurs le long d’un transect de 5 200 km qui avait débuté dans la mer du Labrador, dans l’océan Atlantique Nord, et traversait l’archipel arctique canadien avant de La mer de Beaufort et le bassin canadien à l’ouest. Nos résultats ont révélé que les concentrations de mercure total (mercure inorganique plus méthylmercure) sont généralement plus faibles dans l’ouest de l’Arctique canadien que dans l’est. Cela va à l’encontre des tendances observées concernant le mercure chez les animaux marins.

Le méthylmercure, en revanche, présente des schémas de distribution très révélateurs: sa concentration est la plus faible à la surface de la mer, augmente au maximum à des profondeurs comprises entre 100 et 300 mètres, puis diminue vers le fond de l’océan. Ce schéma, où une couche océanique sous la surface est enrichie en méthylmercure, a été observé dans d’autres océans. Ce qui différencie notre découverte, c’est que la « couche enrichie en méthylmercure » dans l’Arctique se trouve à des profondeurs beaucoup plus basses qu’ailleurs.

Nous avons également constaté que les concentrations maximales de méthylmercure dans la couche enrichie de l’Arctique canadien sont les plus élevées à l’ouest et les plus faibles à l’est, reflétant la tendance au mercure chez les animaux marins. La faible profondeur de la couche enrichie en méthylmercure est importante car elle se trouve dans l’habitat du zooplancton et d’autres organismes proches du bas du réseau trophique. Cela permet à ces animaux d’absorber facilement le méthylmercure, puis de se bioamplifier chez les mammifères.

Nous pensons donc avoir résolu le mystère: les concentrations plus élevées de mercure chez les animaux marins de l’ouest de l’Arctique canadien sont causées par des concentrations plus élevées de méthylmercure dans les eaux marines peu profondes. En 2017, la Convention de Minamata sur le mercure – un traité mondial juridiquement contraignant visant à réduire la concentration de mercure dans l’environnement – est entrée en vigueur. Le Canada a joué un rôle actif dans les négociations du traité et a été parmi les premières nations à le ratifier.

Pourtant, notre étude laisse entendre que les concentrations de mercure chez les mammifères marins de l’Arctique canadien prendront longtemps, même si la convention est pleinement mise en œuvre. La récupération dépendra beaucoup des processus environnementaux et climatiques tels que ceux qui convertissent le mercure inorganique en méthylmercure.

Les décideurs et les peuples autochtones du Nord devraient être préparés à la nécessité à long terme de trouver un équilibre entre les avantages et les risques de la consommation d’aliments d’origine marine.


Sources de l’article: Live Science

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