Des initiatives pour limiter les captures accidentelles de dauphins

La première cause de mortalité accidentelle des cétacés serait leur capture par des engins de pêche, selon certains scientifiques. Des milliers périraient de cette façon chaque année en Europe. Bien que le problème dure depuis des décennies, la recherche de solutions ne progresse guère. En France, les professionnels de l’organisation Les Pêcheurs de Bretagne ont testé des répulsifs acoustiques appelés « pingers ». Trois paires de navires tirant des chaluts pélagiques les ont essayés de février à avril 2018. Lire notre enquête sur l’hécatombe de dauphins : « La semaine dernière, 26 en une seule journée »

Des membres d’équipage bachent les treuils du navire après une scéance photo. A bord du Sam Simon, vie des 25 membres de l’équipage bénévole du navire de l’ONG Sea Shepherd naviguant le golfe de Gascogne. Dans le cadre de la campagne « Dolphin bycatch », l’association cherche à sensibiliser le public sur les pièges mortels que constituent pour les dauphins les filets des pécheurs. Environ 600 dauphins ont été retrouvés échoués sur les plages françaises depuis le début de l’année 2019. En approchant, de nuit, discrètement, avec des bateaux pneumatiques rapides les chalutiers en action de pêche, les membres de l’association réalisent des images de dauphins pris dans les filets pour les diffuser sur leurs réseaux sociaux. Ils tentent par ailleurs de récupérer les cadavres afin de les faire autopsier par l’observatoire PELAGIS.

Le groupement indique avoir constaté une diminution de 65 % des prises de cétacés lors de plus de 200 opérations de pêche. Fort de ces résultats, il annonce que tous ses navires seront équipés de pingers cet hiver, que leurs marins participeront à l’effort de marquage des animaux morts afin d’étudier leurs dérives et que davantage d’observateurs indépendants seront acceptés à bord.

Sur tous ces points, Paris est loin d’être en pointe. Au début des années 2000, après des épisodes de mortalité importante, un groupe de travail national avait été créé, associant la direction des pêches maritimes et de l’aquaculture – une administration sous tutelle du ministère de l’agriculture peu disposée à répondre aux questions du Monde –, des professionnels, l’Ifremer, Pelagis… Avant de se déliter. En 2017, la ministre de l’environnement d’alors, Ségolène Royal, ordonne de relancer la recherche collective de solutions, avec même, depuis peu, une place pour France Nature Environnement autour de la table.

Les initiatives prises sont donc récentes. Alors que les pingers sont obligatoires dans certaines pêcheries étrangères, ils sont facultatifs sur les bateaux français, mais la flotte pélagique atlantique en est désormais équipée, selon José Jouneau, président du comité régional des pêches des Pays de la Loire. Un projet de recherche porté par le Comité national des pêches et financé par des fonds européens, doit être lancé au printemps et durer trois ans.

Il s’agit d’améliorer le fonctionnement de ces répulsifs acoustiques, afin que leurs signaux restent localisés à l’entrée du filet du chalut et qu’ils ne se déclenchent qu’à l’approche des cétacés. D’autres pistes doivent être explorées comme rendre les filets détectables par les dauphins. Et surtout analyser les données sur les prises accessoires dont la déclaration a enfin été rendue obligatoire depuis le 1er janvier.

Depuis 2002, l’Union européenne demande aux Etats membres de fournir une évaluation des captures accidentelles de mammifères marins. Elle impose la présence d’observateurs à bord des chalutiers pélagiques – à hauteur d’au moins 10 % d’entre eux –, et pour 5 % des fileyeurs de plus de douze mètres.

En France, seule une faible part de la flotte est concernée. Et grâce à un statut dérogatoire, les patrons pêcheurs ont tout loisir de refuser. Résultat : même modeste, le quota d’observateurs n’est pas atteint. Certains pays comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont opté pour la solution de caméras embarquées. Les déclarations des équipages s’en sont trouvées nettement améliorées.


Source de l’article: Le Monde