Les bélugas s’adaptent mieux au changement climatique que les phoques

Une étude menée par une équipe de chercheurs norvégiens souligne les différences de flexibilité entre deux espèces présentes en Arctique face au changement du climat : le béluga et le phoque annelé.

Les phoques et les cétacés de l’Arctique sont obligés de changer leurs habitudes alimentaires en raison du réchauffement climatique. Cette adaptation pourrait déterminer leur capacité à survivre ou non, selon une étude publiée le 6 mars 2019 dans la revue Biology Letters.

Le phoque annelé (Pusa hispida) et le béluga (Delphinapterus leucas) chassent dans des zones couvertes par la banquise et en particulier sur le front glaciaire, où les glaciers rencontrent l’océan. Mais avec le réchauffement, des chercheurs ont voulu découvrir comment les animaux s’adaptaient à la transformation de leur habitat lié à la fonte des glaces, en analysant des données à vingt ans d’intervalle.

L’Arctique est le baromètre du changement climatique. Avec le rythme rapide des changements qui rend l’adaptation génétique impossible; [les chercheurs sont partis du principe que l’adaptation des comportements, en particulier alimentaires, serait ] probablement la première réponse observable dans les écosystèmes.

note l’étude…

Ils ont utilisé les données fournies par des balises fixées à des baleines et des phoques sur deux périodes distinctes. Pour les phoques, ils ont comparé les données de 28 individus suivis entre 1996 et 2003 puis entre 2010 et 2016, et pour les bélugas, ils ont examiné des données récoltées sur 18 individus entre 1995 et 2001, puis 16 individus entre 2013 et 2016.

Les résultats obtenus soulignent qu’il y a vingt ans, les deux espèces passaient la moitié de leur temps à chercher de la nourriture sur les fronts glaciaires, avec un régime alimentaire dominé par la morue polaire.

Mais les phoques annelés passent désormais une partie significativement plus importante de leur temps près des fronts glaciaires, alors qu’au contraire, les baleines blanches sont parties chasser ailleurs.

[Les bélugas] ont un territoire plus important et passent moins de temps près des glaciers et plus dans le centre des fjords.

note l’étude.

Les chercheurs supposent que ces cétacés ont modifié leur régime, profitant de l’arrivée de nouvelles espèces de poissons, poussées vers le nord par le réchauffement des océans.

La réponse flexible que semblent adopter les bélugas à la transformation de leur habitat améliore leur chance de s’adapter au réchauffement, estiment-ils. À l’opposé, les fronts glaciaires semblent servir de refuge aux phoques annelés qui sont restés fidèles à leur régime et sont donc obligés de passer plus de temps à chercher à manger, ce qui reflète une adaptabilité et une résistance limitées.

Probablement une mauvaise nouvelle pour cette espèce dans un monde qui a déjà gagné plus de 1°C par rapport à l’ère pré-industrielle et qui continue à se réchauffer…

Les espèces et les sous-populations qui ne sont pas capables de faire ces changements sont voués à décliner, peut-être jusqu’à l’extinction quand les espaces refuges deviennent trop limités pour permettre la survie de l’espèce.

met ainsi en garde l’étude.

Source de l’article: Sciences & Avenir