Après l’observation d’un petit, l’espoir est permis pour la baleine noire

Alors qu’en 2018 aucune naissance de baleine noire de l’Atlantique nord n’a malheureusement été observée, 2019 démarre avec une excellente nouvelle : la première observation d’un baleineau de cette espèce en danger d’extinction.

S’il existe deux espèces de baleines franches dans l’Atlantique, celle du nord est l’objet de toute l’attention ces dernières années. Et pour cause : alors que la population de baleines noires était en croissance jusqu’à 2010, depuis, c’est l’hécatombe. Vingt décès de baleines ont été observés entre 2017 et 2018, soit 4 % de la population totale qui se composait alors d’environ 500 individus. A cette mortalité subite s’est ajoutée l’an dernier l’absence totale de baleineau. Une première depuis qu’Eubalaena glacialis, classée en danger par l’UICN, est suivie par les scientifiques du centre Anderson Cabot et l’équipe de Coastwise Consulting, soit 38 ans ! C’est d’ailleurs un de ces observateurs qui a photographié le 28 décembre dernier, au large des côtes de la Floride, une mère et son petit.

L’image miraculeuse, envoyée à l’ensemble des équipes du Consortium de la baleine noire dans l’Atlantique Nord (NARWC), a permis d’identifier la femelle en question, 2791 de son petit nom, observée pour la première fois en 1997. Cette baleine âgée d’au moins 21 ans donc avait déjà été aperçue deux fois par le passé avec un baleineau, en 2006 et 2009, mais ne s’était pas reproduite depuis, jusqu’à cette naissance fin 2018. Habituellement, les femelles baleines franches de l’Atlantique nord donnent naissance tous les 3 ou 4 ans à un unique petit après 350 jours de gestation. L’écart de près de 9 ans entre les deux derniers baleineaux de cette femelle est la preuve évidente que la reproduction de l’espèce est ralentie par l’Homme.

Outre l’absence l’an dernier de naissance chez la baleine noire, espèce facilement observable car connue pour nager près des côtes, le NARWC a fait part de son inquiétude lors de la publication de son rapport annuel en 2018. Entre 2010 et 2016, 85 % des décès de baleines noires étaient liés à un enchevêtrement avec des engins de pêche. Par ailleurs, si toutes les baleines piégées dans ces filets n’en meurent pas, celles qui arrivent à s’en libérer restent traumatisées. Car la mort par enchevêtrement n’est pas rapide, le cétacé finit par succomber d’épuisement ou de faim.

D’après les chiffres du consortium, 83 % des baleines franches du nord ont été empêtrées au moins une fois dans leur vie. C’est sans doute pour éviter les filets et les collisions avec les navires, l’autre cause importante de mortalité, que les baleines ont d’ailleurs modifié leur aire de répartition. A présent, l’espèce migre de la côte est de la Floride, aux États-Unis, jusqu’au golfe du Saint-Laurent, au Canada, où elles n’étaient pas visibles auparavant. Une attitude en réponse également au changement climatique qui bouleverse la répartition de leur principale nourriture, de minuscules crustacés appelés copépodes, comme le supposent les experts du Centre Anderson Cabot. La difficulté à s’alimenter suffisamment pourrait également expliquer le faible taux de reproduction de ces cétacés ces dernières années.

Avec un premier baleineau observé dès décembre 2018, la saison pourrait être porteuse d’espoir pour la conservation de Eubalaena glacialis. La saison de mise bas de ces baleines se déroule de décembre à fin mars, ce qui signifie que d’autres petits pourraient être très bientôt observés ! Un soulagement après une année 2017 qui avait vu mourir 17 baleines, 12 au Canada et cinq aux Etats-Unis, puis trois autres en 2018, toutes aux Etats-Unis cette fois-ci. 2019 démarre tout juste mais aucun décès n’est encore à déplorer.

La mortalité exceptionnelle de l’espèce pourrait avoir été entravée par la mise en place de plusieurs mesures printemps 2018. Souvent mises en cause, l’industrie de la pêche du homard et celle du crabe des neiges avaient dû se plier à une nouvelle réglementation. Durant l’été 2017, cette dernière avait même perdu sa certification « pêche durable » pour une durée de 90 jours à cause de son implication dans la mort des baleines franches. Limitation de vitesse des navires de pêche, fermeture de zones, déclaration obligatoire des engins perdus en mer et de toute interaction avec un mammifère marin sont quelques-unes des mesures mises en place par le Canada. Avec succès semble-t-il.


Source de l’article: Cécile Arnoud pour espèces-menacees.fr